Interview auteur - 5 questions à... Ariane Chapelle

 

1) Qui êtes-vous ?

Je suis académique, formatrice, gestionnaire de risques opérationnels et consultante. J'ai débuté le risque opérationnel en banque avec ING, quand le secteur a lui-même commencé à s’intéresser au sujet.

J’ai géré les risques opérationnels pour ING en Belgique et pour la zone Europe et chez Lloyds Banking Group, au Royaume-Uni.

J’effectue depuis longtemps des recherches académiques dans ce domaine (mon premier livre sur le sujet a été publié chez Larcier en 2005) et j’enseigne la mesure du risque opérationnel à la University College London.

Enfin, je dirige depuis plus de dix ans ma société de conseil et de formation dans le domaine (www.chapelleconsulting.com) qui compte plus de 10 collaborateurs et croît aujourd’hui rapidement.


2) Quel est le thème central de ce livre ? 

Ce livre représente la somme de 20 années d’exercice dans le domaine du risque opérationnel dans le secteur financier, d'expérience en tant que gestionnaire des risques moi-même, mais aussi comme consultante et formatrice. Ce livre constitue en quelque sorte la version écrite de tous mes cours dans le domaine, que je donne à travers le monde depuis près de 14 ans. Il contient de nombreux cas d’études et anecdotes vécues par mes clients, ou racontées par les participants à mes cours, à qui ce livre est dédié.

Pendant longtemps, on m’a demandé d’écrire ce livre, pour mettre par écrit ce que j’enseigne.  Je l’ai finalement rédigé en 2018 en anglais pour Wiley. L’ouvrage est devenu en quelques semaines le manuel de référence numéro un sur le sujet et l’est toujours. Je suis particulièrement heureuse aujourd’hui de le voir publié en version française, ma langue maternelle.

Le livre présente, en vingt chapitres, tous les éléments de la gestion risques opérationnels en banque et assurance. Les quatre premières parties comptent chacune quatre chapitres détaillant les composantes essentielles de l’identification, l’évaluation, l’atténuation et la surveillance des risques. La cinquième partie est consacrée aux risques en croissance, comme la sécurité de l’information, les risques des projets et des transformations, la résilience et la réputation.


3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ? 

Je choisirais une des phrases de la conclusion :

"… l’espoir de voir, dans un avenir proche, la gestion des risques opérationnels reconnue comme un facteur de performance, un élément d’efficacité plutôt que de ralentissement, et un tremplin vers de meilleurs résultats. Certains comparent la gestion des risques aux freins d’une voiture : ils ne sont pas là pour vous ralentir en permanence, ils vous permettent surtout d’avancer plus vite car vous savez que vos freins arrêteront le véhicule en cas de besoin."

Elle exprime un des éléments de la gestion des risques positive par laquelle je termine ce livre ; la gestion des risques doit être vue comme un facteur de performance. La prise de risque est bénéfique, à condition toutefois de comprendre les risques auxquels on fait face, et leurs conséquences possibles. Il faut alors accepter ces conséquences possibles, ou bien éviter ou modifier ce risque, par des contrôles ou autres précautions. Ces leçons sont valables autant dans notre vie personnelle que professionnelle.

En outre nous pouvons tirer des enseignements utiles de nos succès et, pas seulement de nos échecs. On devrait avoir une vue plus positive de la gestion de risque que ce qui est souvent le cas actuellement. La gestion de risque a un coût, bien sûr, mais aussi des bénéfices certains en termes de stabilisation des performances. Il s’agit d’optimiser ce coût et de maximiser les bénéfices qui en découlent.


4) Si ce livre était une musique, un tableau, une sculpture, quel(le) serait-il/elle ? 

Le Penseur de Rodin.

Tout le monde connaît cette sculpture magnifique et forte, donc ce choix parlera à tous.

Plus fondamentalement, ce livre représente vingt ans de réflexion dans un domaine qui débutait alors sans théorie ni pratique. Pour citer Nassim Taleb « la théorie vient de la pratique ». Ce livre, base de deux décennies de pratiques et des centaines de cas, commence à théoriser le domaine de la gestion du risque opérationnel.


5) Qu'aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?

J’ai reçu de très nombreux commentaires positifs lors de la sortie de l’ouvrage en anglais et je sais que de nombreux francophones, un peu partout dans le monde, souhaitaient une version française. J’aimerais que les professionnels du domaine prennent le temps de lire et relire ce manuel qui les guidera dans leurs fonctions, et leur donnera, par les nombreux cas et exemples qu’il présente, des points de comparaisons utiles. Les entreprises échangent peu sur leurs risques opérationnels, juges souvent internes et un peu honteux. Ce livre détaille les pratiques du secteur, parfois recommandables, parfois à éviter. Il démystifie le sujet aussi, je l’espère, et le simplifie.

Mon but est que ce livre de référence soit une aide pour les gestionnaires des risques et un appel vers la profession pour les étudiants qui le liront. Le risque opérationnel est un domaine d’avenir qui mérite d’attirer les meilleurs talents.