5 questions à… Michaël Tartar

 

1) Qui êtes-vous ?

Enfant j'ai très tôt été attiré par l’informatique. En 1981, à l’âge de dix ans, je faisais déjà des programmes en basic sur le ZX81 d’un cousin. Le logiciel me passionnait tant que j’en suis devenu ingénieur treize ans plus tard. Choisir l’EPITA en 1991 c’était faire le choix de l’audace face à un monde éducatif qui ne s’était pas encore préparé au bouleversement technologique de notre époque. J’ai un souvenir ému du premier jour où j’ai eu accès à Internet : il était évident pour moi qu’une révolution se préparait. C’était la seule école en France qui proposait à l’époque une formation approfondie d’ingénierie informatique, avec des spécialités. Une formation qui n’était pas reconnue par l’Etat. Il fallait vraiment y croire, surtout dans un pays qui accorde tant d’importance au diplôme ! Les technologies avancées de génie logiciel que j’ai apprises à l’école, je les ai aussitôt appliquées pendant mon service militaire en tant qu’officier responsable d’une cellule de développement de logiciels tactiques. En sortant de l’armée, avec les cheveux courts, j’ai été séduit par un projet formidable qui combinait une autre de mes passions : la culture associée à la transmission du savoir. J’ai ainsi rejoint la Bibliothèque Nationale de France en 1995 pour participer à la construction de son système d’information, qui mettait en œuvre les technologies les plus avancées de l’époques. Des technologies sur lesquelles s’appuient les applications que nous utilisons aujourd’hui dans nos quotidiens. En parallèle, je suivais un MBA à l’IAE de Paris pour élargir mon champ de connaissance à d’autres domaines, déjà convaincu que l’informatique allait être un formidable allier de nombreux métiers. En 1998 j’ai rejoint le pôle nouvelles technologies d’Euriware. On parlait Internet, objets distribués, Java, XML. C’est l’époque où j’ai commencé à écrire quelques tribunes dans les journaux spécialisés. En 2001 j’ai rejoint Andersen (devenu BearingPoint) pour monter l’activité d’intégration d’applications d’entreprise. J’ai mené des missions passionnantes démontrant la profonde transformation qu’apportaient les technologies de l’information. J’ai ainsi lancé des boutiques en ligne, des services clients (selfcare) avec des business cases aux ROI incroyables tant l’engouement pour Internet puis le mobile se développait à une vitesse hallucinante. En 2014, j’ai rejoint ROK Solution, start-up qui avait mené plusieurs années de R&D pour construire ce que je voyais à l’époque comme le système nerveux de l’entreprise digitale. J’en assure le développement auprès de nos clients et accompagne la réalisation de projets ambitieux mettant le collaborateur au cœur du système, lui qui jusqu’ici a été le grand oublié de la transformation digitale.


2) Quel est le thème central de ce livre ? 

Le thème central du livre est la mesure de maturité numérique. Comment se transformer si on ne sait pas mesurer ses progrès ? David et moi avons des parcours complémentaires. Lors de nos conversations il y a quelques années, nous nous sommes rendus compte que les méthodes de mesure de maturité des systèmes informatiques et qu’il avait mises en place, pouvaient s’appliquer à d’autres domaines qui participent à la digitalisation et j’appréhendais dans les missions de conseil que je menais à l’époque. En fouillant dans la littérature, nous avons trouvé de nombreuses études, des publications, des baromètres, des index, qui avaient tous un point commun : aucun n’était cohérent avec les autres. Qui plus est, rares étaient ceux qui fournissaient la méthode de mesure. Nous étions un peu dans la même situation qu’au XVIIIe siècle : tout le monde mesurait des distances, le monde s’étendait vers les Amériques, pour plus d’efficacité dans les échanges il fallait définir une unité de mesure commune dans le monde entier, le mètre allait naître. Au travers de nos publications, des interactions que nous avions via les réseaux sociaux, des conférences que nous donnions, ou des missions de conseil que nous menions chacun de notre côté, il était aussi évident que la plupart de nos interlocuteurs avaient beaucoup de mal à appréhender la transformation digitale dans toutes ses facettes. Ainsi est née l’idée de proposer un modèle, libre d’usage (sous licence Creative Commons), que la communauté des praticiens pourrait utiliser dans son travail de transformation et compléter. Les cinq dernières années, de nombreux lecteurs nous ont fait part de leur retour d’expérience à l’usage du modèle, tandis que le monde évoluait, que les technologies s’invitaient toujours plus vite dans nos quotidiens. Cela nous a paru le bon moment pour faire un point, compléter notre première proposition et tirer parti de la thèse que David a soutenue fin 2018 sur le modèle de maturité numérique dans le monde financier. Nous ne voulions pas d’un simple rafraîchissement de notre première publication. C’est donc bien une refonte en profondeur que nous proposons aux lecteurs. Par ailleurs, nous avons souhaité associer de nombreux contributeurs, experts de leurs domaines, et même donner la voix au consommateur. L’ensemble est ainsi plus équilibré, beaucoup plus riche, invitant au dialogue avec la petite trentaine de personne qui a contribué à le rédiger.


3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ? 

Pour éviter le caractère narcissique de nous citer nous-mêmes, je choisirai une des citations des contributeurs qui nous ont suivi dans cette aventure. En particulier, et aussi parce qu’elle partage ma vie au quotidien, je citerai Nathalie Sanguine : « Aujourd’hui pour les meilleures marques dans la mode, si on rate la story Instagram, on rate le produit. » Cette citation montre à quel point le digital a changé les habitudes des consommateurs et comment le numérique fluidifie l’information et les échanges. Les lecteurs du livre, quelles que soient leurs responsabilités parfois très éloignées du digital, doivent toujours garder cette réalité en tête : tous leurs efforts pour transformer leur entreprise conduisent à améliorer l’expérience de leurs clients et de leurs collaborateurs. Le modèle de maturité que nous proposons permet de penser à tout et de vérifier les progrès en pensant toujours à l’humain, qu’il soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’entreprise.


4) Si ce livre était une musique, un tableau, une sculpture, quel(le) serait-il/elle ? 

En tant que fan des Rolling Stones, je proposerai Gimme Shelter. Ce titre incarne à lui seul une époque en mutation. Il capte l’urgence d’un monde qui s’écroule et d’un autre qui s’éveille. Les révoltes sociales de la fin des années 1960 ont laissé place aujourd’hui à la mondialisation. Les équilibres socio-économiques sont bouleversés. Des acteurs venus de nulle part dépassent les entreprises que l’on pensait installées pour des siècles. Nous avons besoin d’un abri (shelter en anglais). Cet abri c’est notre capacité d’adaptation, notre désir d’apprendre et de créer un monde meilleur notamment avec le digital. Un monde plus sein, plus équilibré, ouvert sur d’autres cultures, libéré des contingences géographiques, prometteur d’avenir pour nos enfants.


5) Qu'aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?

L’envie de découvrir en profondeur ce digital dont on parle à longueur de journée dans les médias. J’aimerais que nos lecteurs se donnent la chance de comprendre l’époque formidable que nous vivons. J’aimerais qu’ils oublient leurs peurs du lendemain le temps de leur lecture. Puis qu’ils reviennent travailler en prenant quelques idées que nous leur proposons pour contribuer à leur tour au changement. Le monde qui s’ouvre à nous est enthousiasmant. A chacun de nous de le construire selon nos rêves.