5 questions à... Thomas Paris et Jean-François Caillard

 

 

1) Qui êtes-vous ?

Thomas Paris

J’ai été très tôt fasciné par la création et l’organisation, deux réalités complexes, fragiles aux résultats parfois remarquables. Après des études scientifiques (Ecole polytechnique), j’ai mis ces deux objets au coeur d’une activité de recherche appliquée, en m’efforçant de comprendre comment des groupes d’individus de tailles variables parvenaient à proposer des créations audacieuses et ambitieuses. Chercheur au CNRS, j’étudie ainsi le fonctionnement d’entreprises ou d’organisations qui semblent avoir trouvé une forme de martingale dans leur capacité à porter la création. On les trouve dans ce que l’on appelle les industries de création, qui renvoient aux secteurs de la grande cuisine, de l’architecture, de la mode, du parfum, du cinéma, du jeu vidéo…

J’essaye par ailleurs de formaliser et transmettre les résultats de ces études passionnantes, à travers la publication d’ouvrages et dans des cours, notamment dans le cadre du master Média, Art & Création dont j’ai la responsabilité à HEC.

Jean-François Caillard

Pendant mes études d’ingénieur (où j’ai rencontré Thomas Paris), j’ai fait un stage dans le web à ses prémices en 1995 et cela m’a donné envie de lancer une start-up. C’était encore très rare et cela n’a pas marché non seulement car le marché était petit mais parce qu’il n’y avait ni méthode, ni personne pour nous guider, ni financement. J’ai ensuite successivement participé à la réussite de deux start-up, Ubisoft et Fimatex, qui est ensuite devenue Boursorama après son introduction en bourse au plus haut de la bulle en 2000. J’ai ensuite travaillé dans des grands groupes comme SFR, Suez et Leroy Merlin, dans des fonctions d’innovation, notamment pour aller plus vite grâce aux start-up et à l’entrepreneuriat. Je suis retourné dans le monde des start-up voici quelques années, où j’ai pu voir de près que la productivité avait cru de manière industrielle, grâce à de nouvelles méthodes et de nouveaux outils, ce qui ouvrait de toutes nouvelles perspectives et m’a donné envie d’écrire ce livre.


2) Quel est le thème central de ce livre ? 

Il parle de la création d’entreprise, de ses méthodes, de son écosystème et de ses infrastructures. Longtemps, on a pu penser que la création ou la création d’entreprise étaient le résultat du génie individuel. Sans remettre en cause la possibilité de l’existence de ces génies – dont il s’agit de comprendre ce qui les caractérise –, le livre analyse ce qui, au-delà de ces individus particuliers, peut se formaliser dans la création d’entreprise. À partir de la compréhension de la nature de l’activité, il met en avant l’écosystème qui permet d’en favoriser l’épanouissement, et nous le décrivons à l’attention des candidats à l’entrepreneuriat. Les millions d’entreprises qui se créent chaque année dans le monde, avec de plus en plus de méthode et de moyens, créent une vague de fond dans l’économie qui n’a pas encore été bien mesurée. De très nombreuses entreprises se créent à l’intérieur des grands groupes, en utilisant la même méthode ; nous avons aussi voulu parler de cet intrapreneuriat qui a un potentiel énorme car il peut utiliser la même dynamique mais avec plus de moyens, et ce sujet a trop rarement été expliqué.

Nous sommes rapidement parvenus à une analogie frappante avec le monde de la création (mode, architecture, jeux vidéos…), qui donne des clés de compréhension et d’action remarquables et inexplorées.


3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ? 

La création, ce sont des équipes talentueuses, c’est-à-dire porteurs de visions et de méthodes qu’elles sont capables d’ajuster dans un processus dynamique, à l’intérieur d’écosystèmes qui deviennent très structurés et efficaces.


4) Si ce livre était une musique, un tableau, une sculpture, quel(le) serait-il/elle ? 


Une œuvre entre les Temps modernes, le film de Chaplin, et la Liberté guidant le peuple de Delacroix. La création de start-up n’est ni une approche parfaitement mécaniste ou déterministe de mise en œuvre de méthodes gagnantes à coup sûr, ni le mouvement qui consiste à suivre un héros porteur d’une idée évidente. Elle est dans cet entre-deux.


5) Qu'aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?

L’appréhension de la création d’entreprise a beaucoup évolué en France ces dernières années, grâce à la mobilisation d’acteurs qui en avaient expérimenté la réalité. L’écosystème indispensable qui s’est mis en place repose sur une représentation beaucoup plus juste de l’activité de création, et il met à disposition des outils, des méthodes et des infrastructures éprouvées pour y réussir.

Contrairement à ce que l’on croit encore, il ne s’agit pas de trouver une idée géniale, il faut surtout trouver un beau problème à résoudre et des associés malins pour s’y atteler. Si la lecture de cet ouvrage conduit le lecteur à acquérir quelques bases et surtout une représentation plus juste de la création de start-up, il aura atteint son objectif. On peut aussi créer une start-up à l’intérieur de son entreprise, et cette voie possède un énorme potentiel de valeur, mais elle est aussi très exigeante.